nov 4, 2010
MadS

L’industrie du jeu vidéo parie sur des oeuvres transmedia

Sur un marché ultra compétitif, comment faire pour vendre un jeu au-delà de sa cible traditionnelle ?
La réponse du moment : faire du jeu une œuvre transmedia, avec tout autour des « compléments d’histoire » (BD, roman, jeu ad hoc sur les médias sociaux etc.).

C’est en tout cas la stratégie marketing de Homefront, FPS qui sort en mars 2011 et qui était présenté, la semaine dernière, à Paris Game Week

Du storytelling dans les FPS

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’histoire n’est plus pas à négliger dans les FPS.
Écoutons ainsi ce que nous dit Hermen Hulst, managing director of Guerrilla Games, à propos de Killzone 3 : « I think they [the fans] do care — we get a lot of mail, a lot of ideas from the community, within story, dialogue, and characters and all these elements obviously are tied into each other. ».

Au-delà du gameplay, le contexte narratif permettant d’introduire le jeu est un terrain idéal pour asseoir une véritable histoire. Dans le cas de Homefront, le trailer pourrait assez bien rivaliser avec celui d’un film d’anticipation (au scénario certes discutable, mais là n’est pas la question).

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=4x_-KVooUKQ[/youtube]

Complémentaire et maline, la distribution d’un faux journal, « Le Resistant » permettait aux visiteurs du salon de plonger encore plus dans l’histoire. A grand renfort d’articles, mais aussi de fausses pubs (Nous vous apportons paix et sérénité depuis la crise pétrolière de 2015) et de petites annonces assez effrayantes.

Mais tout cela ne représente que des bribes de la stratégie transmedia de Homefront. Pour être commercialisé, le jeu va en effet beaucoup plus loin.

Un roman pour vendre un jeu ?

THQ, l’éditeur qui sort Homefront, l’a annoncé il y a une dizaine de jours : un roman, inspiré de l’univers de Homefront, sortira avant le jeu, au début de l’année 2011.
Ecrit par John Milius (le scénariste de Apocalypse Now, rien que ça), et Raymond Benson (2 livres de Metal Gear Solid à son actif), il ne s’attachera pas à faire vivre les personnages du jeu mais livrera le récit d’un journaliste qui a survécu à l’invasion nord-coréenne et qui est passé du côté des résistants locaux.

Certes, ce phénomène de « novelisation » n’est pas une premièreStar Wars en est un célèbre exemple. Néanmoins, les livres sont sortis après A New Hope (Ep. IV), et uniquement parce que le premier des Star Wars avait été un gros succès. Ce qui n’est pas du tout le cas de Homefront dont le story world est quasiment inconnu du grand public.

Alors quels sont les avantages ?

Dans le cas du livre issu de l’univers de Homefront, THQ n’a pas vraiment de soucis à se faire car il s’agit d’un partenariat avec la maison d’édition Random House, ce qui signifie que pas un centime n’est dépensé par THQ dans le cadre de cette stratégie marketing. Au mieux, le livre se vend bien et ça renforce la notoriété de Homefront tout en touchant une cible de  non-hardcore-gamers. Au pire, le livre ne se vend pas mais le FPS aura toujours, a priori, du succès auprès d’une cible de fans potentiels.

En tout cas, si John Milius arrive à coucher sur le papier une phrase aussi culte que « I love the smell of napalm in the morning », le jeu Homefront aura un bel avenir (transmedia) devant lui.

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9 Comments

  • Une initiative très intéressante qui s’inscrit dans la lignée des productions transmédia ou des formidables dispositifs de story-telling qui nourrissent l’univers d’un jeu comme on en a vu pour la sortie d’Alan Wake ou Halo pour ne citer qu’eux. Signalons quand même que les blockbusters du jeu vidéo bénéficient d’un budget de production et de communication gargantuesque et d’une niche de consommateurs très clients de ce genre d’initiatives. Un terrain rêvé boosté par une clé que peu d’annonceurs peuvent revendiquer : la passion de l’audience concernée.

  • oui, une initiative intéressante. Mais dans le cas des jeux vidéos, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’une stratégie copiée sur celle d’Ubisoft, qui depuis quelques années, nous propose des extensions d’univers clés-en-main à chaque sortie de jeux (Lapins crétins, assassin’s creed).
    Le « transmedia » storytelling devenant ici un argument de vente supplémentaire en ajoutant en plus des possibilité de ventes additionnelles. Tout gagnant.

    On attend que l’industrie du fooding fasse la même chose dans 10 ans…

  • @Fouapa : complétement d’accord avec toi sur la question du budget et de la passion de l’audience.
    Mais l’exemple de Homefront sort quand même peut être des terrains battus. Le dispositif vise effectivement les fans purs et durs, mais également une cible beaucoup moins gameuse qui ne se serait pas spontanément intéressée aux FPS.
    Affaire à suivre : on verra bien au début de l’année si le nombre de ventes du livre est élevé ou pas (même si le taux de transfo roman/jeu vidéo sera assez difficile à calculer).

  • @Cyroul Mais non, justement, la stratégie n’est pas la même et ce n’est pas une histoire de « jouons sur les mots ».
    Dans le cas de AC ou des Lapins Crétins, l’éditeur a attendu que le jeu soit un succès pour sortir tout un tas de produits dérivés et combler ainsi l’attente de nombreux fans qui en voulaient plus.
    Là, le bouquin sort avant le jeu, dont on ne sait dire s’il sera un énorme succès ou pas.
    Les deux ont été conçus et pensés ensemble, sachant que le livre n’est pas une extension « classique » de l’univers (prequel, sequel…) mais juste un récit qui te permet d’entrer dans un monde d’anticipation (les US en 2027, envahis par la Corée du Nord). Le lecteur découvrira l’univers du jeu sans pour autant en savoir plus sur les personnages. Et s’il aime, il ira acheter le FPS.
    Ce qui me semble quand même pas tout à fait semblable aux story-worlds d’Ubisoft.

  • Dans ce cas, nous sommes dans une logique de développement transmedia, et ça c’est plutôt bon signe. Même s’il faut tempérer notre enthousiasme par ce qui a été remarqué par Fouapa, c’est à dire « un budget de production et de communication gargantuesque et d’une niche de consommateurs très clients de ce genre d’initiatives. »
    Avoir une bonne base de fans, est le minimum pour réaliser un projet transmédia …:) Une fois que les fans sont à fond dans l’univers, ça aide à rentabiliser l’IP …

    En tous cas, le faux journal montre bien qu’ils ont travaillé sur le projet et que ce n’est pas juste pour le buzz.

    On pourrait avoir des exemples du contenu du Resistant ? les pubs, les annonces etc

  • Hervé, je peux te les envoyer par mail si tu veux.

  • @MadS, bonne idée, et merci ;)

  • Bonjour, pourrais-je avoir des exemple de contenu du Resistant ? Je fais un mémoire sur le transmedia storytelling et ce contenu sera une très bonne illustration du sujet !

Racontez moi votre histoire !