Sophie Calle : quand le récit interactif s’en mêle

Qui mieux que Sophie Calle sait mettre en scène et jouer sa propre vie, ou transformer sa vie en roman, plongeant ainsi le visiteur dans une confusion déconcertante entre fiction et réalité, et effaçant progressivement la frontière ténue entre les deux ?
Ainsi, la plupart des expositions de l’initiatrice du narrative art se vivent comme une immersion dans des récits et dans des histoires, grâce à des textes et des photos, au gré des pérégrinations du public dans les différentes salles du musée ou de la galerie.

Et un jour Sophie Calle fut sur le web

Une des œuvres de Sophie Calle,  Vingt ans après, 2001, a été adaptée sur Internet la même année.
Vingt ans après
reprend un thème cher à l’artiste, la filature, et fait écho à une œuvre datant de 1981, soit vingt ans auparavant. En effet, en 1981, Sophie Calle avait demandé à sa mère d’engager un détective privé, chargé de la suivre le temps d’une journée. Dans Filature, composée de textes et de photos, Sophie Calle était ainsi à la fois artiste et modèle, narratrice et personnage de sa propre oeuvre. Vingt ans après raconte une seconde filature, organisée cette fois-ci par le galeriste Emmanuel Perrotin, à laquelle Sophie Calle accepte de se prêter.

L’adaptation online invite à une redécouverte de l’œuvre de manière véritablement interactive. En effet, le caractère numérique de ce nouveau Vingt ans après offre des possibilités nouvelles en termes d’implication du public (à propos des oeuvres, artistiques ou littéraires, réalisées spécialement pour le web, on pourra lire le très bon article de Serge Bouchardon).

Cette fois-ci, c’est donc le curseur de l’internaute qui est décisif. Souris en main, l’internaute peut décider de vivre l’histoire à sa façon : via le rapport du détective, via le récit de Sophie Calle, ou encore via les différents horaires de cette journée de filature. En somme, chaque passage sur le site induit une histoire à chaque fois unique.
L’expérience est déjà datée (sept ans…soit une éternité sur le web), mais elle a le mérite de montrer l’étendue des possibles en termes d’oeuvres interactives : à quand un site où on pourrait personnaliser la filature de Sophie Calle, et participer ainsi pleinement à l’oeuvre, en devenant nous-mêmes narrateurs et/ou personnages ?


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