in Fiction offline, fiction online

Un blog sur les planches

Lorsqu’on s’intéresse aux différentes formes que peuvent prendre les œuvres de fiction lorsqu’elles sont transposées / traduites sur les supports digitaux, les exemples ne manquent pas : littérature twitterisée voire facebookée, univers complémentaire aux séries télé et aux films (à cet égard, parenthèse honteusement pro, allez jeter un coup d’œil à la dernière petite opération de Curiouser).
Il n’en est pas de même pour le mouvement inverse : la production internet racontée / mise en scène via une œuvre de fiction offline.
Bien sûr, il y a The Social Network, une première dans son genre, mais qui est majoritairement centrée sur Mark Zuckerberg et son “moi” social offline. Il y a eu, et il continuera à y avoir, des blogs qui finissent immortalisés sur le papier.
Mais je n’avais encore jamais entendu parler d’une pièce de théâtre qui ferait du blo
g, et très précisément des blogueuses, son thème central.
Jusqu’à ce que j’aille voir “Blogueuse”.

“Blogueuse”, c’est 3 actrices sur scène, trois facettes d’une même personne qui, larguée par son mec, commence à tenir un blog. La construction théâtrale suit la structure type de ce dernier : de courtes saynettes s’enchaînant comme autant de billets. L’écriture, que l’on sent souvent directement tirée du blog tant elle contient cette épaisseur de l’écrit, est vive, piquante et rythmée.

Verdict : le billet de blog intégralement lu/joué sur scène (comme celui-ci, qui n’a été que très légèrement adapté), ça passe bien.
La pièce, qui s’inspire très largement de deux blogs (ici et ) saura donc plaire à la population concernée (les blogueuses bobo, 20-30 ans, parisiennes, travaillant dans la comm…) et à tous ceux/celles qui aiment les lire.

Les esprits les plus exigeants noteront toutefois un côté déjà daté dans la pièce, qui se veut pourtant le reflet digital de “la vie d’une fille de 2010″ : pas une seule mention à Twitter, par exemple. Et l’emploi quasi-systématique de l’expression “blogueuse influente”, so 2008-2009. Mais le temps que le projet voit le jour et que la pièce réussisse à se monter, j’imagine que des mois ont dû s’écouler ; les billets choisis (datant de 2009) n’ont pas bougé, mais les usages digitaux eux, ont évolué…

Cependant, si l’histoire de la pièce est de fait figée dans le temps, sa promotion aurait gagné à être plus in et moins classique (car, de toute façon, le public dans la salle est à l’image des personnages sur scène : jeune et connecté.)

Idées en vrac :
– avoir un hashtag dédié pour twitter et, pourquoi pas, les tweets affichés à la sortie
– un QR code à la sortie pour obtenir des bonus à récupérer sur Internet – ou a minima une adresse internet un peu mise en avant
– un badge Foursquare

Pour ceux que ça intéressent (et je conseille si vous voulez passer un bon moment), la pièce se joue jusqu’au 29 décembre à la Manufacture des Abbesses (et y a Marlusse juste à côté pour boire un coup en sortant).


Crédit photo : je ne sais pas, je l’ai honteusement piquée sur le site

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  1. Sympathique trouvaille. J’aime le concept. Je ne connaissais pas.

    Ça nous change en effet du circuit habituel qui fonctionne en sens inverse. D’ailleurs, on peut se demander pourquoi la transposition se fait toujours vers le digital (hormis The Social Nertwork).

    Est-ce que la plupart ne voient en ce média qu’une opportunité d’adaptation modernisée de ce qui se fait déjà sur les médias plus vieux? Ça voudrait dire que, dans le monde des médias, le digital est jugé trop jeune (ou trop “je-sais-pas-quoi”) pour avoir une culture bien à lui transposable chez ses voisins. Ce serait un peu moche comme constat. Ce serait surtout faux, la preuve avec cette pièce, bien vu =)

    (sympa le nouveau thème btw)

  2. Merci pour ton commentaire ;)

    Mais, par pitiéééé, n’emploie pas ce terme de “média” pour désigner le digital qui est bien plus qu’un média justement ;))
    Sinon pour le reste, hélas d’accord avec toi, il semblerait que beaucoup n’aient pas encore compris que “je produis un film / je fais juste un petit mini site, c’est cool je suis sur Internet t’as vu” n’était pas nécessairement un raisonnement payant (parfois, ça l’est).
    Après, il y a aussi des constats rassurants, ex : certaines œuvres numériques qui se retrouvent dans des galeries, ou le dernier court métrage de la sécurité routière, réalisé pour et uniquement pour le digital (http://story-playing.com/pur-storytelling/linsoutenable-fragilite-de-letre/).
    A bientôt sur ton blog !

    Ah, euh, et merci pour le comment sur le thème (qui est en voie de customisation car il est un peu trop blanc et l’ancienne grenouille me manque ;))

  3. Oui, je vois ce que tu veux dire par “bien plus qu’un média”. J’ai un peu galvaudé le sens dans le feu de l’action. Shame on me…

    Au plaisir de recroiser l’ancienne grenouille alors =)

  4. salut,
    je suis contente de voir un blog qui parle des rapports entre le théâtre et le numérique. L’affiche de bloggeuse est ringarde, m’a juste donnée l’impression qu’il s’agissait d’une énième récupération par le théâtre de boulevard du vocabulaire informatique.
    Je suis en train de monter un spectacle et une compagnie qui va être au poul du 2.0 , mais la communauté théâtrale sur twitter est minuscule et la communication sur facebook etc des autres compagnies et théâtres ne semble fonctionner que comme un flux RSS sans personne derrière. Bref si tu es intéressée pour t’associer avec nous. tiens moi au courant!
    Valerie

  5. Bonjour Valérie et merci pour ton commentaire.
    A mon sens il ne s’agissait pas de récupération, car les personnes qui sont à l’origine de la chose tiennent vraiment des blogs, et assurent donc une passerelle plutôt solide entre online/offline.
    Ton projet a l’air intéressant, n’hésite pas à m’envoyer des éléments : storyplaying@gmail.com
    Au plaisir !
    M.