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ArtGame Weekend : nos coups de coeur

Plus d’une semaine après le ArtGame Weekend, nous avions envie de revenir sur deux jeux qui nous ont particulièrement enthousiasmés, et dont nous espérons qu’ils ont un bel horizon de possibles devant eux. Il s’agit de Big Brother, un jeu autour des caméras de surveillance, et de Colossus, une immersion ludique dans un monde de Lilliputiens.

Big Brother is watching you

C’est un article de Owni, sur la géolocalisation des caméras de surveillance à Paris,  qui est à l’origine du concept du jeu. Conscients de vivre dans un environnement qui n’aurait guère surpris Orwell – clin d’œil du destin, plusieurs membres de l’équipe sont de 1984 -, les artisans de Big Brother sont partis d’une idée simple, tout à la fois ludique, fonctionnelle et militante : déjouer les 1106 caméras publiques de la capitale, en prenant la ville comme playground.

Armé de son téléphone, le joueur sort de chez lui et lance le jeu pour visualiser, sur la carte, les caméras se situant non loin de là. Lorsqu’il est suffisamment proche d’une des caméras, il peut lancer un mini-programme pour la désactiver. Mais la caméra, à partir d’un certain rayon, repère le joueur et le bloque dans le jeu s’il n’effectue pas l’action assez vite.

Dans Big Brother, nulle volonté de scorer et d’avoir 97 caméras désactivées à son actif. L’intérêt du jeu réside dans la collaboration : au fur et à mesure des parties et des hacks, le nombre des caméras évoluera (virtuellement, bien sûr) à la baisse, le but étant la désactivation totale grâce au plus grand nombre de joueurs.
Mais comme il est prévu une augmentation du nombre de caméras, et dans la mesure où les joueurs ont la possibilité, dans la même veine de crowdsourcing, de rajouter de nouveaux emplacements de caméras (correspondant à des emplacements réels), cela en dit long quant à la possible pérennité du jeu !

Ce jeu nous a beaucoup plu car il est celui qui, à nos yeux, utilise véritablement la géolocalisation et s’adapte ainsi le mieux aux nouvelles pratiques liées à l’usage du mobile. Par ailleurs, nous avons trouvé que le levier ludique du “faire semblant” inscrivait les actions du joueur dans un certain mode de mobilisation online : il élève par là même le jeu au rang d’expérience ludo-activiste : une façon de dire “je ne hacke pas pour de vrai, mais je sais ce que vous faites”.

Colossus aux pieds d’argile

L’idée de ce jeu est vraiment extraordinaire et sera surement poursuivie et approfondie – c’est en tous cas tout le mal qu’on peut lui souhaiter. Colossus, c’est un principe simple (il fallait juste y penser !), un message artistique très présent et un concept conçu pour l’usage du smartphone. Le jeu répond donc à toutes les demandes du ArtGame Weekend et il a en effet été salué par le jury. Seul bémol, Colossus n’a pas pu être assez développé dans le détail dans le temps imparti…

Dans ce jeu, vous incarnez un géant dans un petit monde qui évolue en fonction de vos actions. Mais si ce n’était que cela, Colossus n’aurait rien de particulier. Dans le détail, vos deux doigts sont les pieds de ce géant. Un monde virtuel défile sous vos doigts qui avancent sur l’écran. Imaginez donc qu’il vous suffit seulement de réaliser un petit mouvement avec vos doigts sur l’écran pour explorer, pas à pas, le monde de Colossus.

Mais vous vous rendez compte très vite que cet écran vous handicape. Il est petit pour vos doigts, vous devez faire des efforts pour savoir où les placer. Vous vous sentez donc vraiment comme un géant dans ce monde peuplé de petits êtres, de leurs maisons, d’arbres et de formes étranges.

Comme le monde dans lequel vous évoluez est cyclique, au bout de quelques secondes vous revenez là ou vous étiez, et vous vous apercevez  que vos actions ont eu des conséquences : un arbre détruit est utilisé par les petits personnages pour construire une maison, un personnage écrasé laisse place à une sépulture, les traces de vos pas sont utilisées…Vous êtes donc responsable de qui se passe sous vos doigts, et la prise de conscience d’une interaction se fait. Ce monde est dépendant de vos actions pour avancer. Plusieurs cycles peuvent être ainsi enchaînés, à l’infini selon les créateurs.

Mais tout disparaît dès qu’aucun de vos doigts n’est plus en contact avec l’écran. La progression est perdue car le monde n’est pas persistant. Et c’est voulu : chaque nouvelle partie est synonyme d’une nouvelle histoire à écrire, d’une nouvelle interaction avec ces petits personnages. Vous pouvez être destructeur ou protecteur, ce monde n’existe que pendant que vous le parcourez.
Éphémère et fragile, le monde de Colossus incite à la réflexion sur les conséquences de nos actions…

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