Le fabuleux business du transmedia storytelling
A l’occasion de la grande conférence Tools of Change for Publishing organisée par O’Reilly et qui vient de s’achever à New York, il y a eu une intervention très intéressante de Jeff Gomez, qui est, avec Henry Jenkins, un des grands pontes du transmedia storytelling aux USA.
Sauf qu’à la différence de ce dernier, enseignant-chercheur au MIT, Jeff Gomez en a fait un réel business avec sa compagnie Starlight Runner Entertainment qui créé des « univers narratifs » pour, entre autres, Avatar, Halo, Dexter, et Pirates des Caraïbes. Mais, au juste, le transmedia storytelling, à part être un vilain terme jargonneux, c’est quoi, et surtout, comment ça fonctionne ?
Le transmedia storytelling en bref
Si on prend une définition très large de « transmedia storytelling », on peut comprendre le concept comme le fait de raconter une histoire sur différents médias. En ce sens, le transmedia storytelling existe depuis fort longtemps : par exemple, Bram Stoker a écrit Dracula en1897, et l’histoire a été reprise sous la forme de comédies musicales, de films, de court-métrages, de BD…
Mais la définition de Jeff Gomez est plus précise et restrictive : selon lui, le transmedia storytelling, c’est le processus de transmission d’un message dense, un sujet ou un scénario, à un public de masse utilisant des plateformes média multiples. Chaque partie de l’histoire est unique et s’appuie sur les forces de chaque media, et souvent, le public est invité à participer et à interagir avec la narration.
Qu’est ce que ça apporte par rapport à une histoire classique ?
En construisant de véritables univers narratifs (storyworlds) de qualité, la pérennité de l’histoire est assurée sur plusieurs années au moins. Conséquences : un public est engagé sur le long-terme, et, si le contenu le tient vraiment en haleine, un public impliqué, enclin à partager l’expérience vécue avec autrui.
Par ailleurs, plus le contenu est finement travaillé et plus ses ramifications sont riches, plus le nombre de médias sollicités augmentera, entraînant alors une croissance des profits. Imaginez : on ne parle plus d’un support majeur, à l’instar du livre ou du film, mais d’une ronde de supports : livre, film, web, jeux-vidéo, mobile, événements offline..

Dans une interview à Forbes en septembre 2009, Gomez décrit le cas de la série Heroes : « Heroes 360, the online component of the Heroes TV series multi-platform campaign, reportedly generated an additional $50 million in advertising revenue for NBC-Universal, and that doesn’t include sales of hundreds of thousands of hard copy graphic novels and prose fiction all set in the universe of the show. »
Comment faire du transmedia storytelling ?
Vous l’aurez compris, pour construire un « storyworld », il faut solliciter des compétences diverses : créativité, marketing, maîtrise des technos installées et émergentes.
Ce qui implique un business model totalement différent de ce qui existe aujourd’hui : ce n’est pas une maison d’édition, ni une boîte de prod, ni un studio de ciné, ni une société de jeux vidéos qui sont capables de faire le job !
En effet, dans un premier temps, l’histoire est pensée de manière « media-neutral », et c’est seulement dans un deuxième temps, en faisant appel à des gens différents, issus de milieux différents, que les « morceaux » de l’histoire sont travaillés pour habiter des supports spécifiques. Le tout grâce à l’expertise du « transmedia producer« , un nouveau métier suggéré par Jeff Gomez : une personne qui crée les connexions, les passerelles entre les différents supports, assurant ainsi la cohérence du storyworld.
Le transmedia storytelling, un métier pour les hérétiques
Nul doute que les éditeurs venus écouter Jeff Gomez ont été choqués en écoutant sa présentation : Jeff Gomez est un véritable hérétique, (pour reprendre le terme de Seth Godin), qui veut faire bouger le statu quo en proposant des manières de travailler radicalement différentes de ce qui se fait aujourd’hui.
Car nécessairement, le transmedia storytelling remet en cause des pratiques et des modes de fonctionnement qui semblaient jusqu’à présent immuables. Par exemple : la propriété intellectuelle – qui possède l’histoire ? ; le statut des auteurs ou des cinéastes, très possessifs vis à vis de leur création, et qui aiment à être starifiés ; et bien sûr, le marché établi de l’audiovisuel, de la prod, des médias…
Il y a probablement beaucoup de personnes qui souhaiteraient que Jeff Gomez disparaisse à tout jamais ! Mais, de toute façon, il ne tient qu’à d’autres de poursuivre dans cette voie qui va très certainement encore évoluer dans le futur.
En tout cas, l’intervention (dont l’intégralité est ici ) de Jeff Gomez résume bien la portée du transmedia storytelling et le business potentiel, relatif à ce dernier : c’est la porte d’un champ incommensurable de possibles qui s’ouvre.
Avec un seul bémol, que je ne comprends pas vraiment. A propos des devices tels que le Kindle, l’Ipad, les smartphones, Jeff Gomez ne les intègre pas dans les plateformes media potentielles, se justifiant (trop) rapidement par un sibyllin : « that stuff, it’s all gonna come and go…remember MySpace« . Frilosité émotionnelle ou projection rationnelle ?
Mais en dehors de ce petit mystère, tout ça donne plutôt envie d’inventer et de faire vivre des histoires, vous ne trouvez pas ?
février 28th, 2010 at %H:%M
[...] Interview with Jeff Gomez: Le fabuleux business du transmedia storytelling | StoryPlaying March 1, 2010 siobhanoflynn Leave a comment Go to comments via story-playing.com [...]
mars 2nd, 2010 at %H:%M
Il est évident que tous les publicitaires (audacieux) ont envie de faire du transmedia storytelling. Mais aujourd’hui, bien peu y arrive.
Car ce n’est pas le chef de produit annonceur junior, qui cherche à investir ses 100 Ke de budget annuel pour se faire mousser auprès de son boss, qui va décider de révolutionner sa façon de faire de la communication, et donc de prendre des risques en faisant du transmedia ST.
Les seuls à pouvoir prendre cette décision facilement sont les grands décideurs chez l’annonceur. Et aujourd’hui les grands décideurs ne valident que les gros budgets de com. Et les gros budgets de com sont pitchés exclusivement par les grosses agences de com/pub. Et les grosses agences de pub ne prennent pas de risques (les françaises en tout cas), elles préfèrent faire du classique 360°/multi-support/multi-média.
Donc qui reste-t’il pour faire du transmedia ? De petites boites audacieuses, et des annonceurs fous (et géniaux). Donc de petites campagnes de pub. Mais ça change heureusement.
mars 19th, 2010 at %H:%M
[...] oui, le “transmedia”, souvent accolé à “storytelling”, est un buzzword à la mode, qui sert essentiellement à épater des annonceurs qui aimerait bien [...]
avril 21st, 2010 at %H:%M
[...] « Transmedia Activism » : encore un nom qui écorche les oreilles, me direz-vous… Pourtant cette terminologie vaut la peine que l’on oublie un instant la forme pour s’attarder sur le fond, à savoir : la capacité fédératrice d’une histoire mise au service d’une cause. Car c’est cela que recouvre le transmedia activism : le fait qu’une histoire transmedia – une histoire qui se déploie sur différents supports et qui s’enrichit de la contribution et/ou de la participation du public – vienne nourrir les actions d’acteurs non profit. Tentative de décryptage de cette nouvelle forme de transmedia storytelling. [...]
août 31st, 2010 at %H:%M
To be honest, I don’t speak great English, but I believe I understood most of this. It would be good if it was in my language also. Great site anyway!