L’insoutenable fragilité de l’être

Tandis que certains (à vrai dire, un seul) versent dans le discours stérile en glosant sur les conditions d’interpellation du blogueur, d’autres (beaucoup plus nombreux) s’attachent à relayer – et ils ont bien raison –  le nouveau film de la Sécurité routière, Insoutenable. Insoutenable, c’est un court-métrage de plus de 5 min, destiné au web et plus particulièrement aux jeunes internautes (18-24 ans).

Comparé à un spot télé de la Sécurité routière misant sur le trash immédiat et la concision du message, Insoutenable prend le temps de faire entrer l’internaute dans l’histoire, en posant une atmosphère,  en facilitant l’identification aux personnages et en ciselant un véritable scénario.

Et ça fait mal : 315 longues et douloureuses secondes pour nous rappeler la fragilité intrinsèque de la vie humaine, quand celle-ci est suspendue au cocktail fatal “trop d’alcool + une voiture”.

Insoutenable parce que la rapidité à laquelle un destin est foutu en l’air est révoltante, insoutenable par les images qui ne puisent pas dans le gore mais dans le “tout est dit” : insoutenable, mais à soutenir, car c’est sans aucun doute à travers des projets comme celui-là que la communication de prévention prouve son efficacité.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=wfMKktpowx0[/youtube]

Source : Aurélien P, respectivement ex-collègue, ami, et twittos de choix.
Nul besoin, je l’espère, de préciser que l’amitié que je lui voue n’a en aucun cas conditionné ma perception du film.

Nike – Write The Future : changer le cours de l’Histoire ?

A quelques semaines de la Coupe du monde de football, la marque au swoosh va très loin en mêlant fiction et réalité, exploits sportifs et conséquences fantasmées dans un clip de 3 minutes (déjà plus de 6 millions de vues 4 jours après sa sortie). Le tout sous la houlette du prestigieux réalisateur Alejandro Gonzalez Inarritu (Amours Chiennes, 21 Grams, Babel…). Et si, à l’aune de la philosophie, ces belles histoires et ces beaux discours n’étaient pas un peu effrayants? Continue reading

Un chat dans la Happiness Factory : le grand délire de Friskies

Chez Purina ils doivent s’en donner à cœur joie avec les substances illicites. En effet, comment expliquer autrement le dernier spot télé de Friskies, Adventure Land

? Purina, lol

Un joyau de 60 secondes où un félin qui vit sa vie dans une cuisine prosaïque se retrouve catapulté dans un monde complètement bizarroïde. Des dindons qui dansent, une gondole vénitienne, des poissons scintillants, un tapis rouge… on est tout à la fois dans la Happiness Factory de Coca, dans les pubs d’Orangina et dans la tête d’un créa jaloux du Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton.

L’acmé de la chose, c’est quand le chat parvient vraiment au septième ciel en plongeant sa petite tête dans les délicieuses bouchées au poulet. Tandis qu’il orgasme, on a le temps de se dire deux choses dont :
1. Ils ont fumé quoi ?
2. Ca a coûté une blinde ce truc.

Mais sans doute l’agence qui a réalisé le spot s’est-elle simplement contenté d’illustrer la promesse du produit :  “unlock a magical world of sensory stimulation for your cat“…
La morale de l’histoire : le storytelling, c’est cool quand c’est utilisé à bon escient. Sinon ça vire au steritelling (storytelling stérile)…

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=3Q4JLsNtDsM[/youtube]

Un grand merci à Clément sans qui j’aurais raté cette longue minute de pure hilarité.

Pin-up + Facebook = le mélange gagnant pour Lynx

En termes de vidéos interactives “dont vous êtes le héros”, on avait déjà eu de beaux succès comme Get the Girl par Twix ou bien Follow Your INSTINCT par Samsung.
Mais voici que Lynx (Axe au Royaume Uni) s’y met aussi, avec une application Facebook qui reprend les recettes classiques de la marque : une histoire avec ce qu’il faut de seins et de fesses pour plaire aux adolescents britanniques, ceux-là mêmes qui font monter les chiffres du pr0n et ceux d’Unilever.

Lynx Twist sur Facebook

Sont-ils davantage séduits par les subtiles fragrances du déo en question ou par le storyplaying bien plus alléchant qui leur est offert sur le web ? Le lecteur tranchera.

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La e-chocolaterie de Cadbury ou comment rater son flagship online

Imaginez un peu…les jours raccourcissent, le ciel gris et mouillé invite à de longues après-midis de lecture, un grand bol de chocolat chaud entre les mains. Le chocolat chaud prend ainsi une saveur toute particulière dès qu’il commence à faire froid, vous ne trouvez pas ?
Alors quand j’ai appris tout récemment l’existence d’un lieu réel, the Cadbury World, une sortie de chocolaterie Willy Wonka-like perdue dans les cottages anglais, je me suis précipité sur le site web.

Willy Wonka

Sur ce dernier, Cadbury avait la possibilité de véritablement mettre  l’eau à la bouche de l’internaute en lui proposant un avant goût de l’expérience vécue sur place. Que nenni, ce site html est aussi fade et sans relief qu’un yaourt à 0%. Continue reading

Seat : quand l’idée est plus forte que la marque

Parfois on voit dans les publicités des histoires vraiment géniales, mais qui transcendent tellement la marque qu’on en vient à se dire “Et, vous les DC/rédacs/DA qui avez fait la campagne, sortez plutôt un film !”. C’est le cas, récemment (enfin, pas si récemment que ça en fait, déjà un mois que j’ai vu la chose chez Olivier Mermet) avec Seat et une très jolie vidéo de deux minutes intitulée “O’ Brother”.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=LC44511KEOA[/youtube]

D’un point de vue créa, le storytelling est parfait : personnages très (trop ?) attachants, scénario émouvant qui tient la route… mais au service de quoi ?
Eh oui, on en viendrait presque à oublier la promesse de la voiture Seat Altea XL, qui comme son nom l’indique, a beaucoup beaucoup de place. Car c’était certainement ça, le brief initial fait à l’agence, avec une demande de traitement décalé/poétique/ insolite (rayez la mention inutile).
Les créas, talentueux sans aucun doute, se sont lâchés et ce petit bijou publicitaire est né. Et les commerciaux, quand ils verront le taux de reconnaissance de la marque dans les post tests, s’en mordront peut-être les doigts.

En effet, quel rapport avec Seat ? Si ce spot s’inscrivait dans une communication long terme de la marque (ex au hasard : mettre systématiquement en parallèle monde réel et fiction), alors pourquoi pas. Mais là, qu’est ce que “O Brother” nous raconte sur la marque ? Rien ou pas grand chose.

Cela nous renvoie à toute la difficulté de parvenir à un équilibre si fragile entre puissance de l’idée créative, cohérence vis à vis de la plateforme de comm existante, et subtilité du storytelling mariant les deux.
Mais évidemment je préfère les O’ Brother à la “réclame” originelle – et vous ?

Doritos : UK-1, France-0


chipsIl y a beaucoup de raisons qui font que j’aimerais habiter à Londres, parmi lesquelles je pourrais citer pêle-mêle : la Tate Modern, les brunchs, les marchés aux puces,  les “organic shops”, Top Shop….

Et voilà, aujourd’hui, je viens d’en trouver une de plus : l’actuelle brand experience by Doritos qui propose aux internautes un challenge marrant à travers une vidéo interactive : découvrir ce qui se cache derrière la “new mysterious flavour” proposée actuellement par la marque.
Mais justement, en France, on n’a droit qu’à ce vieux site promotionnel.
Too bad for us Frenchies.

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On raconte tous des histoires !

C’est un constat déjà mille fois répété : le storytelling des marques évolue. En effet, l’art et la manière de raconter une histoire de marque ne peuvent que s’adapter aux nouvelles façons de communiquer dont un des traits marquants est la participation active des publics ; ça aussi, ça a été répété à peu près 1 million de fois depuis 2003, l’internaute est collaborateur, voire même créateur.

Autrement dit, si la marque lui raconte une histoire fausse, il réagit avec sa propre histoire (par exemple, et les exemples ne manquent pas, la célèbre affaire Kryptonite) sur laquelle d’autres gens réagissent etc.
Bref, en lieu et place d’un storyteller qu’un public attentif écoute à la lueur d’un feu de camp, sans jamais oser l’interrompre, il faut donc davantage imaginer un joyeux bordel de gens qui parlent, conversent, bavardent, bavassent. Parfois la marque, terrorisée, écoute derrière la porte, parfois la marque crie toute seule dans un coin, et personne ne l’écoute. Et parfois, la marque raconte son histoire, et ça se passe bien : les gens se passent le mot et l’histoire circule, et chacun s’en fait sa propre version.

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D’Ulysse à IBM : des mythes aux marques

Ulysse revisité par Godard dans Le Mépris

Pour qui s’intéresse aux histoires de marque et au storytelling en général, difficile de passer à côté d’une des formes les plus anciennes de la narration, i.e. le mythe.
D’ailleurs, muthos, au sens premier du terme, signifie récit.
Dans Les Marques, Mythologies du quotidien, un ouvrage qui n’est plus très récent mais qui entre facilement en résonance avec l’actualité, Georges Lewi fait un pari audacieux : montrer que les marques ont, à l’instar des mythes, une fonction qui les dépasse, et que “tout comme les héros mythiques, elles incarnent les rapports de l’individu au groupe et sont le produit de notre imagination collective”. Continue reading

Olympus Pen Story, technically nice, but…

60 000 images pour résumer une moitié de siècle, c’est le cadeau d’anniversaire que Olympus offre à tous les amateurs de l’Olympus PEN, tout juste quinquagénaire.
3 minutes de stop motion à partir de dizaines de milliers de photos relatent la vie d’un homme (Olympus PEN humanisé ?) à travers tous ses souvenirs immortalisés, on s’en doute, grâce à l’appareil photo en question.
Techniquement, rien à dire, c’est joliment fait.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=m9Et7UQh1tg[/youtube]

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